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Association québécoise des critiques de cinéma

HOMMAGE À LUC PERREAULT : APPRENDRE À LIRE LE CINÉMA par Claire Valade

APPRENDRE À LIRE LE CINÉMA
par Claire Valade

 


Photo : La Presse

 

J’aime le cinéma depuis toujours, héritage de mon père, réalisateur télé et très grand cinéphile. J’avais déjà à peu près tout vu avec lui (j’exagère, mais à peine…), de Casablanca à la télévision à Star Wars au cinéma, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce que la critique pouvait bien dire de ces films que j’aimais ou que je détestais. Je me souviens distinctement d’avoir consulté la section Cinéma de La Presse pour la première fois vers l’âge de 9-10 ans, l’année de Star Wars, justement peut-être parce que ce film m’avait éveillée à vouloir savoir ce qu’on pouvait bien dire d’un film dans les médias, tant celui-là avait changé ma vie.

C’est alors que je me suis mise à dévorer le cahier Arts et Spectacles, puis éventuellement le cahier Cinéma de La Presse du samedi. Je lisais chaque article, même sur les films ou les stars ou les cinéastes qui ne m’intéressaient pas ou moins. J’ai réalisé que les critiques ne pensaient pas tous la même chose, qu’ils abordaient les films différemment. Entre Serge Dussault et Luc Perreault, il y avait un monde de différences dans l’approche et l’interprétation des films. Évidemment, je n’ai pas vu tout ça instantanément. C’est une appréciation qui s’est développée avec le temps, mais, dès mes premières années du secondaire, Luc Perreault était devenu une référence pour moi en matière de cinéma. Déjà, je me réjouissais qu’il aime les films que j’aimais et je me désolais aussi, parfois, que nos opinions diffèrent. Bien sûr, avec le recul et l’expérience, je réaliserais éventuellement que l’appréciation nuancée de monsieur Perreault avait été, à l’occasion, plus éclairée que mon opinion d’adolescente encore « impressionnable », disons, devant des films mièvres ou carrément médiocres adorés à l’époque et que je revois aujourd’hui d’un œil, certes, plus avisé (même si j’avoue conserver pour certains d’entre eux un sentiment coupablement attendri au creux du cœur…). Dans la préparation de ce dossier-hommage, il m’a été donné de relire nombre d’articles de monsieur Perreault et son avis critique m’apparaît aujourd’hui tout aussi pertinent qu’alors.

Jeune adolescente, je ne savais pas encore non plus que Luc Perreault était un pionnier de la critique cinématographique québécoise. Ça, je l’ai appris plus tard, vers 16-17 ans, lorsque j’ai moi-même commencé à écrire sur le cinéma en arrivant au cégep. J’ai aussi appris qu’il était un pionnier de la deuxième génération de cinéphiles d’ici, celle qui a suivi la génération des ciné-clubs des années 50, celle qui a vécu le légendaire Festival international du film de Montréal des années 60 avec ses invités qui révolutionnaient le cinéma mondial de l’époque comme François Truffaut et Louis Malle. J’étais depuis longtemps devenue une lectrice assidue de Luc Perreault lorsque j’ai commencé à analyser ses textes, pour mon propre plaisir et dans mes cours de cinéma. Taxée par certains de populaire avec une certaine condescendance, l’écriture de Luc Perreault avait au contraire tout ce qui peut être positif dans ce qu’on appelle généralement un style « populaire ». Son écriture était accessible, constructive et intelligente sans être obtuse; sa vision du cinéma et son avis sur les films, ouverts sans aimer n’importe quoi. Clairement, il cherchait à ce que ses lecteurs veuillent en savoir plus, aient envie de creuser plus loin, de découvrir de nouveaux cinéastes, d’ici et d’ailleurs, et qu’ils sachent comment décoder tous ces films, des grandes productions aux œuvres plus marginales. À sa façon, chaque semaine, dans La Presse, il nous apprenait comment lire le cinéma. Quelle révélation! Quelles découvertes il nous réservait! Connaître les mots justes pour exprimer ce qu’un cinéaste cherche à dire — gros plan, photographie, scénario, structure, récit. Il parlait de tout ça simplement, avec une infinie limpidité. Et, à faire tout cela, il nous donnait aussi envie de lire ses collègues, à La Presse, au Devoir, dans les autres journaux, dans les revues de cinéma, celles d’ici comme celles de l’étranger, histoire de diversifier notre opinion critique et d’apprendre à nous faire notre propre idée du cinéma. C’est en le lisant que j’ai lu mes premiers Séquences, mes premiers 24 images, pour toujours en savoir plus.

Et me voici aujourd’hui moi-même critique, à la tête de cette formidable Association, l’Association québécoise des critiques de cinéma, dont il était l’un des cofondateurs avec Gilles Marsolais, Robert Lévesque, Martin Malina et André Roy, entre autres. Et, au nom de cette AQCC, je suis heureuse de vous inviter aujourd’hui à célébrer le travail de Luc Perreault, à l’occasion du 10e anniversaire de son décès. À compter d’aujourd’hui et au cours des prochaines semaines, vous pourrez apprécier les témoignages de plusieurs de ses amis et collègues, lire ou relire une sélection de ses propres critiques de même que certains articles commémoratifs écrits par ses collègues, et, enfin, redécouvrir quelques-uns des films qu’on pourrait appeler les incontournables du cinéma de Luc Perreault. Nous avons mis beaucoup de soin à préparer ce dossier-hommage à Luc Perreault, parce qu’il est tout aussi important pour l’AQCC de célébrer le travail admirable de ses membres actuels que la mémoire de ceux et celles qui les ont précédés. Ce n’est pas pour rien que notre prix le plus prestigieux, le Prix Luc-Perreault/AQCC porte ce nom (et nous remercions d’ailleurs sa famille de continuer à nous permettre d’honorer son nom ainsi et d’avoir co-commandité ce prix au cours des six dernières années). Monsieur Perreault a été tout au long de sa vie l’un des grands défenseurs du cinéma québécois. Donner son nom au prix que l’AQCC remet annuellement au meilleur long métrage québécois tel que voté par ses membres semblait aller de soi. Comme il va de soi de fêter sa mémoire aujourd’hui.

Restez donc à l’affût de ce que nous vous proposerons tout au long du mois d’août et de l’automne dans le cadre de cet hommage qui culminera par une projection-hommage dont les détails seront annoncés prochainement. Pour les férus des médias sociaux, n’oubliez pas notre page Facebook qui affichera aussi chaque semaine des liens vers les mises à jour du dossier ici, sur notre site Web.

Nous espérons que la lecture de ce dossier-hommage vous donnera, sinon la piqûre de la critique cinématographique, à tout le moins celle du cinéma! À l’image de celui que nous célébrons.

Bon cinéma!

Claire Valade
12 août 2017

 

 

Claire Valade
présidente, Association québécoise des critiques de cinémas

Membre de l’AQCC depuis de nombreuses années, Claire Valade a été critique à la revue Séquences pendant 20 ans, ainsi que pour la revue de cinéma canadien Take One dans les années 90. Elle œuvre dans le milieu culturel et cinématographique montréalais depuis la fin des années 80. Elle a collaboré plusieurs années au FNC et au Cinéma Parallèle/Excentris. Elle a conçu et programmé divers hommages de même que le dossier documentaire de la plateforme Vithèque du Vidéographe. Bien qu’elle gagne sa croûte comme réviseure et traductrice, elle est aussi scénariste et cinéaste à ses heures. Elle travaille présentement à l’écriture de son premier livre. Grande amoureuse du cinéma, elle est redevable à son père, Jean Valade, immense cinéphile, et à deux de ses professeurs, l’inimitable Rolland Haché, au cégep, et l’irremplaçable Marc Gervais, à l’université, qui lui ont transmis leur passion et lui ont appris à réfléchir le cinéma. Elle écrit aujourd’hui pour Panorama-cinéma.

 

Conseil d'administration

Composition du conseil d'administration de l'AQCC, tel que choisi lors de l'Assemblée générale annuelle du 26 janvier 2017.

  • Claire Valade - Présidente
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