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40e anniversaire du FIFCQ : Texte commémoratif de Gilles Marsolais - Nouvelles de l'AQCC

40e anniversaire du FIFCQ : Texte commémoratif de Gilles Marsolais



À l’occasion de la remise de certificats-souvenirs aux organisateurs de la première édition du Festival international du film de la critique québécoise (FIFCQ) dans le cadre d’une rencontre organisée par l’Association pour le 40e aniversaire de ce festival, l’AQCC a diffusé le texte commémoratif du président-fondateur, Gilles Marsolais, que reproduisons ici.

40e anniversaire
Festival international du film de la critique québécoise (FIFCQ)
première édition • août 1977 • Place des Arts • Montréal

 

C’est cette année le 40e anniversaire de la création du Festival international du film de la critique québécoise (FIFCQ) — dont la première édition a eu lieu en août 1977, à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, à Montréal.

La mise sur pied de ce Festival de la critique (qui a eu une existence éphémère, mais qui a marqué le coup à l’époque) visait à contrer la baisse de fréquentation des salles de cinéma qui se manifestait depuis une dizaine d’années et, par le fait, même à mettre un terme à la mise en veilleuse de l’ouverture au cinéma dit d’art et d’essai venant de l’étranger.

Dans les années 1960, il y avait déjà eu un festival à Montréal qui nous avait donné le goût de cette ouverture à un cinéma de qualité venu d’ailleurs. Alors, pour nous, au milieu des années 1970, il s’agissait en quelque sorte de reprendre le flambeau.

De notre part, c’était un rêve un peu fou qui nous obligeait à plonger dans l’inconnu. D’autant plus que la jeune Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC) avait vu le jour moins de quatre ans plus tôt (à la fin de 1973). Même si l’AQCC était déjà affiliée à la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI), nous étions peu nombreux à l’AQCC et personne n’avait l’expertise pour mettre sur pied une telle manifestation. Ça prenait quelqu’un pour monter aux barricades, quelqu’un d’un peu naïf pour espérer faire reverdir le terrain en friche qu’était devenu ce secteur de la culture au Québec. Comme j’étais aussi un peu frondeur, j’ai accepté avec plaisir de relever le défi (en espérant la collaboration d’autres membres de l’AQCC, bien évidemment).

L’objectif n’était pas d’aménager une « foire » mondiale (ou planétaire !) du cinéma à Montréal. Nous partions d’une idée toute simple : faire venir au Québec les films que nous aimions, qui nous paraissaient importants dans l’exploration du langage, des formes et du contenu cinématographiques, afin de les partager avec le plus grand nombre. Il s’agissait donc d’établir une sélection représentative des nouvelles tendances internationales, en misant avant tout sur la qualité de ce cinéma plus pointu. Une sélection qui se voulait rigoureuse, d’autant plus que le programme se limitait à un peu plus de vingt longs métrages, et autant de courts métrages. Bref, déjà à cette époque, le travail de la critique se devait, selon nous, d’investir le champ de la diffusion du cinéma, pour espérer y changer quelque chose.

Sans verser dans la nostalgie, il faut se rappeler que c’était il y a… 40 ans, c’est-à-dire dans un autre siècle, avant l’arrivée des ordinateurs personnels et d’Internet. On travaillait à la dactylo, on utilisait le courrier postal et le téléphone, avec un accès limité au fax par un contact externe. Point à la ligne ! De plus, on disposait seulement de quelques mois pour organiser l’événement, qui allait se tenir pour la première fois.

Pourtant, essayez d’imaginer que, du premier coup, nous avons réussi à présenter des films de qualité, dont certains étaient exigeants pour le spectateur, et même à faire le plein à la salle Maisonneuve de la Place des Arts avec plusieurs d’entre eux. Il fallait le faire ! Les sceptiques en sont restés bouche bée. Dans le désordre, mentionnons les films de Theo Angelopoulos (Les chasseurs et Le voyage des comédiens), de Volker Schlöndorff (Coup de grâce), d’Ettore Scola (Une journée particulière), de Franco Brusati (Pain et chocolat), de Marguerite Duras (India Song), de Marta Meszaros (Neuf mois), de Paula Delsol, d’Emile de Antonio (Underground), sans oublier Jean Pierre Lefebvre (Le vieux pays où Rimbaud est mort). Malgré une grève des contrôleurs aériens qui avait pris fin la veille, nous avons même réussi à faire l’ouverture en présence de la toute jeune Isabelle Huppert (elle avait 22 ans), avec La dentellière de Claude Goretta.

Au départ, il a fallu réaménager la salle Maisonneuve, qui n’était pas conçue pour le cinéma, afin d’assurer des projections de qualité, etc. Tout ça, avec un budget ridicule de 80 000 $ et des poussières. J’arrondis les chiffres : la vente des billets (avec des places numérotées, comme l’exigeait la Place des Arts) nous a rapporté 40 000 $ et les subventions ont comblé la différence. En fait, la PdA nous avait aussi en quelque sorte accordé une subvention déguisée en exigeant un loyer anormalement bas (12 000 $, si je me souviens bien, pour toute la durée du Festival). Et Télé-Québec (alors encore Radio-Québec) nous avait fourni une limousine pour accueillir les invités.

Et parlant d’invité, le cinéaste grec Theo Angelopoulos, qui présentait déjà Les chasseurs au Festival, est arrivé avec une copie de son film Le voyage des comédiens, qu’il nous offrait en première nord-américaine ! Il a donc fallu ajouter une séance et, toutes les plages horaires de la salle Maisonneuve étant occupées, trouver in extremis une nouvelle salle pour projeter le film — lequel, ajoutant une complication supplémentaire, durait quatre heures ! Le cinéma Fleur de Lys, rue Sainte-Catherine, nous a ouvert ses portes, le dimanche 14 août 1977, de midi à 16 h, et la projection a eu lieu devant une salle comble.

Ah ! j’allais oublier : tout le travail était bénévole. Nous n’étions pas payés, si ce n’est pour rembourser nos dépenses personnelles ! Comme vous le voyez, c’était vraiment un autre siècle, une autre époque, une autre mentalité. On pourrait blaguer en disant : « Aujourd’hui, c’est facile, tu t’assois devant ton ordi, tu pitonnes, puis tu obtiens tous les films que tu veux en levant le petit doigt ! Et tu es payé, tu peux même faire carrière comme simple programmateur de festival ! »

Mais sérieusement, non, je ne suis pas du tout nostalgique de cette époque révolue, mais la création de ce Festival international du film de la critique québécoise, en 1977, fut malgré tous les irritants une petite aventure intense et très stimulante.

Gilles Marsolais
12 octobre 2017


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