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Gilles Blain s'est éteint - Nouvelles de l'AQCC

Gilles Blain s'est éteint

Le texte ci-dessous, rédigé par Pierre Pageau, notre Vice-président, revient sur la longue et prolifique carrière de Gilles Blain, critique et professeur de cinéma qui s'est éteint le 17 juillet dernier à l'âge de 85 ans.

Gilles Blain

(1929-2014)

Séquences et ciné-club

Photo du critique et enseignant Gilles BlainJ’ai d’abord connu Gilles Blain en tant que lecteur de la revue de cinéma Séquences (en 1961 et 1962). En tant que responsable d’un ciné-club, je me servais de la revue Séquences pour alimenter aussi bien ma programmation que mes dossiers de discussions. Les textes de Gilles me stimulaient plus que d’autres. J’ai su plus tard que Gilles avait pratiquement été un membre fondateur de la revue Séquences.

Léo Bonneville fut le véritable créateur de cette revue. Au point de départ, en 1955, la revue alors est publiée par la Commission des ciné-clubs du Centre catholique du cinéma de Montréal. Jean-Marie Poitevin, prêtre des Missions étrangères, et réalisateur de À la croisée des chemins (1942), en est le fondateur et premier directeur. Mais, c’est Léo Bonneville, c.s.v. (Clerc de Saint-Viateur), qui en prend la direction au numéro 6, en octobre 1956, et qui anime cette revue jusqu'en octobre 1994. C’est donc lui le véritable responsable de l’existence de cette revue.

Cependant, pour créer une revue de cinéma, Bonneville a eu besoin de collaborateurs, de bons rédacteurs. Gilles Blain, qui vient de se donner une solide formation en cinéma et en esthétique intègre donc la grande famille de Séquences dès 1959. Il publie pour la première fois dans le numéro 12 et la dernière fois dans le numéro 82 (le numéro spécial Norman McLaren en 1976).

Gilles est celui qui incarne l’ouverture vers le cinéma moderne. Il sera le premier à reconnaître l’originalité du Fellini du 8 ½ et après, et non seulement le Fellini catholique des premiers films. De la même façon, il fera l’apologie de A Tout Prendre dès 1963 où il voit « un côté Cocteau et un côté Proust aussi ». Deux ans plus tard, Léo Bonneville va démolir le film de Jutra.

En septembre 1959 Gilles est donc de retour de Paris, de l’École du Louvre, où il obtient un diplôme en histoire de l’art et cinéma. Déjà, lors de son passage comme étudiant au Collège Saint-Laurent, il affectionnait tout ce qui relevait du domaine culturel. Avant se séjour d’étude à Paris Gilles avait enseigné, au Collège Saint-Laurent et au couvent Basile-Moreau. À son retour il fera aussi de l’enseignement au Collège Sainte-Croix (aujourd’hui le cegep Maisonneuve).

C’était la grande époque des ciné-clubs, chaque collège classique et couvent en avait un. Gilles a collaboré, en particulier, au «Ciné-Laurentien» du Collège Saint-Laurent dès 1954. À cette époque les ciné-clubs sont déjà nombreux et très actifs. Séquences va participer d’une façon active à l’émergence du phénomène ciné-club au Québec. Olivier Ménard, dans une thèse, constatait cela :

« La revue s'adressait donc exclusivement aux membres des ciné-clubs de la province et était destinée à remplir une triple fonction «de liaison, d’étude et de travail». D'abord cahier de liaison entre la Commission et les ciné-clubs, et entre les ciné-clubs eux-mêmes, il représente aussi un cahier d'étude pour permettre une meilleure compréhension de la grammaire du cinéma, de ses procédés techniques variés et de son influence sur les masses. En outre, Séquences cherche à éclairer les éléments constituants des œuvres cinématographiques, comme moyen d'expression esthétique en alliant «connaissance et critique»»

(Thèse sur les ciné-clubs, Oivier Ménard, Université de Sherbrooke)

En avril 1962, Gilles Blain écrit un article dans Séquences (numéro 29) sur l’utilité du court pour le ciné-club : « Le court métrage et le ciné-club ». Il parle d’expérience, ayant utilisé le court, aussi bien avec le Ciné-Laurentien que dans son enseignement.

D'autre part Gilles participe activement aux stages de cinéma que Léo Bonneville organisait, l'été, pour les jeunes animateurs de ciné-clubs. Léo Bonneville est convaincu qu'il faut un apprentissage pour diriger un ciné-club ; il faut bien connaître sa nature, ses exigences, ses rouages. Moi, et de nombreux autres passionnés du cinéma, apprenons notre «métier» par des exercices de présentation orale de films, par l'écriture de critiques, par des ateliers de discussion. Donc, le deuxième Gilles Blain que j’ai connu fut le conférencier lors des stages de cinéma de Léo Bonneville (1965-1966). J’avais aussi pu le rencontrer, brièvement, en avril 1963 lors du « Congrès des ciné-clubs d’étudiants » à l’Université de Montréal.

Gilles enseignant

Malgré tous les talents d’écriture de Gilles je crois que l’on peut affirmer que c’est par l’enseignement qu’il a donné le mieux de lui-même. Il fut un enseignant exceptionnel. Aussi bien ses étudiants que ses anciens collègues (comme moi) peuvent en témoigner.

Pour le très jeune enseignant de cegep que j’étais, en 1969-1970, Gilles faisait figure de pionnier. Lui avait enseigné le cinéma dès l’époque des cours classique. Il utilisait un cours de philosophie, comme celui nommé «Esthétique» pour parler de cinéma ; d’autres pionniers, comme Claude Blouin ou Réal LaRochelle, feront aussi de même.

Gilles s’implique très activement dans la création des nouveaux cours et programmes en cinéma au niveau collégial. Il est un membre très actif de la jeune Coordination provinciale en cinéma. Il donne des ateliers aux jeunes professeurs. Il nous apprend à concevoir et rédiger des plans de cours très élaborés. Par des conférences il rend concret les aptitudes pédagogiques nécessaires pour bien rejoindre les jeunes esprits qui fréquentent nos cours.

Ayant eu l’occasion de donner des cours de création à des élèves de Gilles je sais, par de nombreux exemples précis, le genre de trucs que Gilles utilisait pour convaincre et passionner les élèves. En fait c’était un homme de théâtre. C’était aussi quelqu’un d’une très grande culture, pas du genre à vous assommer avec cela, mais bien plutôt à trouver la façon la plus habile pour vous la communiquer.

Je me souviens aussi d’une conférence, dans le cadre de la défunte Association québécoise des études cinématographiques sur le film Deux femmes en or : « La place du sexe et la fonction du rire dans Deux femmes en or ». Gilles aura aussi été un membre de jury aux festivals de Cannes, Venise, Berlin. San Sébastien.

Gilles prend sa retraite officielle de l’enseignement en 1995, mais dans les faits il va donner des cours encore durant quelques années.

Bref, aussi bien à l’époque des collèges classiques qu’à celle des cegeps Gilles aura su disséminer avec honneur et passion l’amour du cinéma.

Jean Cocteau

À la faveur de son séjour en France et en fonction d’une thèse sur Jean Cocteau, Gilles a pu connaître et devenir un ami de Jean Cocteau. Ce qui l’a amené à être un collectionneur avisé de ses oeuvres. En septembre 2001 il faisait un premier legs important de cette collection à l’Université de Montréal (392 documents). Avec son décès, il est prévu dans son testament que le reste des œuvres, toujours en sa possession, vont se retrouver dans ce Fonds à l’Université de Montréal. Claude Blouin dit : « Gilles s'est assuré que ceux et celles qui accordent du prix aux efforts de l'être humain pour mettre en forme le rythme de son rapport au monde puissent avoir accès à ce que ce poète/cinéaste a créé. »

Au Salon funéraire on demandait de laisser de l’argent pour les «étudiants démunis» ; quoi de plus représentatif de cet homme qui a consacré sa vie à aider des jeunes étudiants à progresser.

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