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Retour sur Fantasia 2019 par Donato Totaro - Nouvelles de l'AQCC

Retour sur Fantasia 2019 par Donato Totaro

 

À l’édition de 1999 du festival Fantasia, j’ai pu assister à la première nord-américaine de Ring (Hideo Nakata, 1998) en compagnie de mes amis anglais, Stacey et Simon. Vingt ans plus tard, presque jour pour jour, j’attendais avec impatience la première nord-américaine de Sadako, le prochain volume de la saga “Ring” de Nakata, une fois de plus en compagnie de Stacey et de Simon, venus d’Angleterre! Malheureusement, Sadako n’a pas eu sur moi le même impact que Ring ; ce film m’a semblé être en crise identitaire. Est-ce un reboot, un prequel, une suite? Heureusement, au cours des deux dernières décennies, Fantasia a vu son importance s’accroître au sein de l’industrie ; le festival a également fait des progrès au niveau de l’organisation et de la responsabilité fiscale, propulsé de l’avant par un marché du film de plus en plus viable et une programmation infaillible qui offre un mélange de divertissements facilement comestibles et de films de genre plus exigeants. Si Fantasia continue sans cesse de se développer, le festival est toujours géré par des cinéphiles cultivés qui sont heureux lorsqu’un film qu’ils ont programmé parvient à trouver son public. Le public de Fantasia est une créature unique, turbulente, accueillante et respectueuse des cinéastes qui présentent leurs oeuvres, mais aussi disposée à faire preuve d’ironie ou d’autodérision, un miaulement à la fois.

En tant que membre de l’AQCC, j’ai présidé sur un jury constitué de mes collègues, Andrew Todd et Elijah Baron, pour la section Camera Lucida, connue pour une programmation audacieuse qui contient souvent des films qui repoussent les limites de ce que l’on pourrait attendre d’un festival de films de genre. Ce fut le cas cette année, comme le prouve Letters to Paul Morrissey (Armand Rovira, Saida Benzal, 2018, Espagne), un film-essai tourné en 16mm, en noir et blanc, qui présente une série de lettres fictives écrites au cinéaste expérimental Paul Morrissey, dont certaines sont autobiographiques, et d’autres ont une structure libre ou poétique ; ou encore Night God (Adilkhan Yerzhanov, Kazakhstan, 2019), qui présente un monde pré-apocalyptique claustrophobe et rigoureusement maîtrisé, mis en scène avec un naturel qui fait ressortir l’inertie des personnages, opprimés politiquement.

Notre jury a attribué la mention spéciale à la rétrospective de quatre courts métrages réalisés par la jeune cinéaste japonaise Nao Yoshigai, pour leur capacité unique à représenter les facultés sensuelles du monde naturel à l’aide d’une synesthésie filmée. Hottamura Days est le film de Yoshigai le plus enchanteur ; les rêves et les désirs d’une jeune fille y sont incarnés par un groupe de quatre nymphes.

Le prix du jury fut décerné à Koko-Di Koko-Da (Johannes Nyholm, Suède/Danemark, 2019), un conte sur le deuil et la guérison qui prend la forme d’un folklore inventé, fait de prises réelles et de jeux d’ombres. Un couple marié traumatisé par la disparition de sa fille y revit continuellement un même cauchemar, dans lequel trois troubadours sadiques les attaquent dans les bois. C’est comme un croisement d’Antichrist et de Run Lola Run.

Deux autres oeuvres se distinguent dans la programmation de Camera Lucida. D’abord, Les particules (Blaise Harrison, Suisse/France, 2019), qui est à la fois un drame sur le passage à l’âge adulte, un récit de science-fiction, et un mystère métaphysique qui soulève de grandes questions philosophiques sur les limites de la connaissance humaine. Ensuite, Ode to Nothing (Dwein Baltazar, Philippines, 2018), l’histoire d’une femme d’âge mur qui travaille dans un salon funéraire ; grandement solitaire, isolée de la société et en difficulté financière, elle voit son existence, filmée à la manière d’un Ozu, prendre des aspects surréalistes lorsqu’elle est confrontée à des situations de meurtre, de folie et de délires fantomatiques.

On sent la croissance de Fantasia dans la grande diversité d’événements qui y sont offerts : des projections spéciales, des présentations, des spectacles sur scène, des conférences, des classes de maître, du théâtre. Il y a eu par exemple cette soirée avec le critique de cinéma, auteur, animateur de télévision et ambassadeur du cinéma de série B Joe Bob Briggs, nommée « How the Rednecks Saved Hollywood ». Étant donné l'immense amour qu'a le Texan Briggs pour le cinéma d'exploitation, on aurait pu facilement s'attendre à une banale régurgitation du vocabulaire redneck. Mais son but, nettement plus nuancé, est de présenter certains stéréotypes de base de la culture redneck pour révéler les apports considérables qu'ont pu faire les rednecks à la culture populaire américaine. Qui aurait pu croire que Fantasia participerait au rayonnement de la culture redneck!

Original text: Donato Totaro
Traduction: Elijah Baron

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