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Retour sur Fantasia 2022 par Samy Benammar - Nouvelles de l'AQCC

Retour sur Fantasia 2022 par Samy Benammar

On entre dans l’écran parcouru de tâtonnements. Il s’agira de traverser une liste, le sommaire d’une semaine estivale qui nous traînera d’un lieu à l’autre entre les films et les voix pour essayer de tendre l’oreille à celle qui saura le mieux s’adresser à nos regards éprouvés de cinéphiles. Il faudra, visionnement après visionnement, savoir retrouver la vision nue, celle qui accueille sans a priori, qui se fait toile vierge où pourront s’imprimer les émotions d’un nouveau récit. La difficulté de l’exercice réside dans le poids toujours présent de la mission. En tant que jury, la nécessité d’un esprit naïf et ouvert, sans attente, se confronte perpétuellement à la tâche qui nous incombe de choisir parmi ces images éparses, celle qui, selon nous, brille plus ardemment que ses sœurs.

Puis, s’ajoute à cette tension, la réalité d’un cinéma postpandémie encore marqué par les échos d’une production chamboulée, dévastée par l’insoupçonnable. L’année 2021 marquait le grand retour en salles et la renaissance de nombreuses productions dont la distribution, comme beaucoup d’autres choses, avait été retardée. L’année 2022 semble retrouver un rythme normal mais le retard des productions semble avoir impacté un catalogue un peu plus léger que d’autres années. Une sorte de flottement s’est ainsi fait ressentir entre les films, comme si l’histoire récente planait au-dessus de leurs intentions sans jamais être totalement saisie. Il en est de même pour le jury, contraint de visionner certaines œuvres dans le même contexte que celui où se sont malheureusement déroulées les dernières années festivalières : sur nos écrans, dans nos chambres ou nos salons.

Heureusement, la programmation Camera Lucida était aussi chaotique que les années précédentes. Les visionnements nous ont ainsi menés d’environnements colorés et imprévisibles avec Please Baby Please et Give me Pity — deux explorations visuelles frénétiques et étourdissantes adoptant des esthétiques d’un autre temps — à la tendresse de films plus contemplatifs comme Chorokbam ou Happer’s Comet — où l’étrangeté ne vient plus de l’image, mais de tout ce qu’elle semble dissimuler — en passant par l’ésotérisme langoureux de We Might As Well Be Dead, Topology of Sirens et The Cow Who Sang a Song Into The Future. Si tous les films visionnés prennent des directions contraires, c’est pour mieux signaler l’intention de Camera Lucida de décloisonner le(s) cinéma(s) des genres. C’est là que se trouve le plaisir d’être jury pour cette catégorie, dans l’imprévisibilité d’une programmation qui tente de défaire les étiquettes.

Si l’exercice exige ainsi une rigueur dans le visionnement et un certain effort pour évaluer des objets disparates pour remettre un prix unique, le choix final s’est avéré plus simple que nous le craignions. En effet, au-delà des critères et des subjectivités antagonistes et complémentaires au sein du jury, nous avons été unanimement et immédiatement séduits par le film qui a remporté le prix AQCC/Camera Lucida cette année. C’est sans doute que la qualité d’un film réside dans sa capacité à nous extraire d’une réalité pour nous transporter dans une autre si bien que certaines œuvres parviennent à faire oublier, pour quelques minutes, le Festival, le prix et tous les éléments parasitaires qui englobent l’expérience. Ainsi, pour sa structure à rebours aussi déroutante que stimulante, son brillant travail sur les détails qui met en lumière l'importance des objets dans nos quotidiens et pour la justesse avec laquelle il raconte une grande histoire d'amour à travers des moments banals mais précieux, il est apparu évident que Just Remembering de Daigo Matsui devait remporter ce prix.

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