Formé en histoire de l’art, cinéma et design, Marie Claude Mirandette enseigne le cinéma et la photo au collégial en plus de collaborer à plusieurs revues culturelles. Ses domaines de prédilection sont : l’interartialité (cinéma, arts visuels et théâtre), le cinéma d’animation, l’art marionnettique, la photographie et l’estampe.
Quel est votre premier film marquant?
Mes plus lointains souvenirs cinématographiques sont flous. Ils furent nombreux pourtant, en programme double, le samedi après-midi au cinéma Vénus de Joliette qui, le soir venu, présentait des films pour adultes. Je garde cependant un souvenir impérissable de plusieurs films vus à la télé (surtout sur Radio-Québec et PBS) à la fin de l’enfance et durant l’adolescence, en particulier If de Lindsay Anderson. Et ceux de Fellini, dont l’univers plus grand que nature – et la beauté de Marcello!- me fascinait.
Quelle est votre première critique publiée ?
À titre professionnel, un texte sur l’édition 2002 de FIFA.
Quel est le rôle du critique de cinéma, selon vous ?
Un passeur, une boussole, un éclaireur, un allumeur de réverbères (idem que celui de prof).
Quel est votre rituel d’écriture ?
Prendre quelques notes au visionnement, et de retour à la maison noter surtout mes impressions en vrac.
Puis laisser passer le temps, et quand les idées se sont mises en place, esquisser un squelette, et ensuite rédiger une prermière version et la laisser dormir. Puis y revenir autant de fois que nécessaires d’abord pour le contenu, puis la forme… Je suis lente à finir un texte, peut-être parce que j’aime particulièrement la rédaction.
Dans quel film aimeriez-vous vivre ?
Wes Anderson, parce que c’est plastiquement jouissif. Ou Paolo Sorentino, parce que c’est tout ce que j’adore de l’Italie dans tous ses excès.
Quel cinéaste voudriez-vous inviter au cinéma ?
Un qui ne parle pas pendant, je dé-tes-te les gens qui parlent pendant. Mais si c’est pour discuter après, j’en choisirais un volubile, genre Martin Scorsese.
5 films internationaux préférés (quelle question cruelle!)
The Thin Red Line de Terrence Malick, LE film que j’aurais voulu réaliser
Satantango de Béla Tarr, parce que c’est Tarr, parce que c‘est Satan, et que, conséquemment, ça ne peut qu’être sublime ! Je pourrais mettre ici tous les Tarr (et si la tendance se maintient, tous les László Nemes).
L’Aurore de F. W. Murnau et Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski, qui exemplifient la capacité inégalée du noir et blanc à évoquer toute la palette des nuances et des couleurs
Heaven’s Gate de Michael Cimino et The Man Who Shot Liberty Valence de John Ford, deux moments décisifs de la revisitation du paradigme westernien
The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford de Andrew Dominik, parce qu’après Cimino et Jarmusch (Dead Man), je n’aurais jamais pensé être autant remuée par un western crépusculaire (et parce que ce DP – Roger Deakins – est un putain de peintre de génie !)
Nightwatching de Peter Greenaway, parce que c’est Rembrandt – avec Caravage, le premier cinéaste ou peintre de la lumière ! – et pour Martin Freeman, qui y est d’une vérité à couper le souffle, avec juste ce qu’il faut de vulgarité. Peu de peintres se sont aussi souvent représentés, et pourtant, quand je pense à Rembrandt aujourd’hui, c’est Freeman que je vois !
5 films québécois préférés
Le Météore (toute l’œuvre) de François Delisle
Ceux qui font les révolutions à moitié… de Mathieu Denis et Simon Lavoie (ces deux jeunes hommes me flabergastent !)
Mommy de Xavier Dolan (une fulgurance qui nourrit tous les espoirs)
Le chat dans le sac de Gilles Groulx et À tout prendre de Claude Jutra, ex aequo (amorcer une cinématographie nationale avec autant de promesses et de fougue, ce n’est pas rien…).
Et une mention spéciale pour Tu m’as crié Let me Go! d’Anne Claire Poirier, une démarche extrême qui me chamboule à chaque fois, quelque chose comme un uppercut filmique.
