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Association québécoise des critiques de cinéma

L’objectivité du critique par Francine Laurendeau

Nous poursuivons nos publications par un texte signé de notre collègue Francine Laurendeau concernant la recherche d'objectivité dans l'acte critique.

L’objectivité du critique:
mythe ou réalité?

par Francine Laurendeau

Bien évidemment que, dans l’exercice de la critique cinématographique, nous visons à l’objectivité. Selon les dictionnaires en effet, l’objectivité est le synonyme de l’impartialité, le contraire de la subjectivité. C’est ainsi que nous tentons de faire le vide avant une projection, de faire table rase des préjugés, des opinions préconçues qui encombrent notre esprit afin d'énoncer un jugement le plus objectif possible.

Le plus objectif possible, oui. Du moins dans la partie informative de l’analyse où, après une recherche consciencieuse, il est relativement facile de fournir des renseignements justes et pertinents. Mais lorsqu'il s'agit de donner son opinion, comment empêcher qu'elle soit, cette opinion, façonnée par tout le bagage que nous portons en nous, qu'elle soit influencée par notre milieu, notre formation, notre contexte culturel, notre expérience émotive, nos affinités électives, nos fantasmes, nos phobies?

Même inexprimés, voire inconscients, ces facteurs qui constituent en quelque sorte notre personnalité journalistique sont perçus par le lecteur qui, entre les lignes, en saisit les harmoniques, vibre ou ne vibre pas. Je suis convaincue, pour l’avoir constaté à quelques (rares) occasions, que lorsqu'un lecteur adopte (son) critique, c'est parce qu'il perçoit une connivence qui va au-delà du « j'aime ou je n'aime pas tel film ».

C'est l’« hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère! » Non, je ne me prends pas pour Baudelaire, mais quel plaisir de rencontrer ce lecteur-là, celui qui sait vous deviner à demi-mot, qui a pressenti votre inavouable faiblesse pour ce film très mineur ou auquel n'a pas échappé le léger bâillement que vous croyiez pourtant avoir réprimé devant ce respectable monument.

Voilà pour l’individualité. Mais j'aurais envie, puisque nous sommes entre nous, de pousser plus loin l’introspection. J'écris dans un journal quotidien et, à la radio, j'anime une émission hebdomadaire. J'estime donc devoir faire, avant tout, de l’information pratique sur des films qui sont à L’affiche. Mon objectif n'est pas, comme dans une revue spécialisée (et pesque [<i>sic</i>] forcément mensuelle), de décortiquer une œuvre de A jusqu'à Z, mais plutôt de donner au spectateur éventuel un avant-goût du dernier Spielberg, du dernier Resnais, du dernier Forcier ou du premier long métrage d'un parfait inconnu.

En d'autre termes, il se peut que mon article ait une influence, si minime soit-elle, sur la carrière du film. Et cette responsabilité pourra, dans certains cas, influencer non pas mon jugement mais les points sur lesquels je vais choisir d'insister. Car il y a des films plus fragiles, plus vulnérables que d'autres, qui méritent d'avoir leur chance mais qui ne seront pas vus s'ils ne sont pas défendus. Pour toutes sortes de raisons. Parce qu'ils sont en dehors des modes, parce qu'il n'y a pas de vedettes au générique, pas de budget de publicité. Sans tomber dans le paternalisme, je pense que j'ai un devoir envers ces films-là.

On l'aura compris, je tiens l’objectivité absolue comme un mythe. Un mythe que l’on pourrait comparer à celui de la grève générale, chez Georges Sorel, ou à celui de la démocratie, pour les peuples occidentaux. Et la meilleure critique de cinéma pour moi est celle qui sait conjuguer solidité d'information, sensibilité artistique et honnêteté intellectuelle. C'est déjà tout un programme.


Fr. L.

 
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