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Association québécoise des critiques de cinéma

Présentation du film Le déclin de l'empire américain

Le Déclin de l’empire américain

Par Louise-Véronique Sicotte

Vingt-sept ans après sa sortie en 1986, Le Déclin de l'empire américain reste un point tournant dans l’histoire de la cinématographie québécoise. Ce long métrage a frappé l’imaginaire non seulement des Québécois mais des cinéphiles de nombreux pays où il a été distribué.

Rappelons que Le Déclin de l’empire américain est le premier élément d’un triptyque formé des films Les Invasions barbares en 2003 et L'Âge des ténèbres en 2007. Il a connu une carrière internationale impressionnante et a été couronné de plusieurs prix dont celui de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, huit prix Génie et une mise en nomination pour l'Oscar du meilleur film étranger.

Voir ou revoir le Déclin en 2013 nous permet, avec le recul, de nous questionner sur la pertinence encore actuelle du sujet, compte tenu du contexte social dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Le Déclin était pour l’époque une œuvre audacieuse car il défiait allègrement les conventions cinématographiques établies. Les scènes parlées y foisonnent alors que l’action dans le récit se fait rare. Audacieux également dans la façon d’intégrer l’homosexualité à la trame narrative comme une caractéristique identitaire semblable aux autres, aidant ainsi à faire tomber les préjugés et les perceptions à l’égard des homosexuels.

Miroir d’une société en mouvance, ce film, s’inscrit également dans une période dans laquelle les femmes revendiquent des transformations dans les sphères familiale et sociale, dans le milieu du travail et des rapports hommes-femmes. À l’instar des femmes de cette époque appartenant à la petite bourgeoisie, les personnages féminins du Déclin atteignent une indépendance financière et un certain pouvoir social et intellectuel.

Cependant, même si celles-ci représentent des modèles de femme éduquées et évoluées socialement, leur vie personnelle et affective, en revanche, est loin d’être réussie. La solitude, les aventures multiples et insatisfaisantes, les rapports dominé/dominant, l’infidélité des hommes, les services sexuels lucratifs ainsi que les relations amoureuses éphémères sont au nombre des situations vécues par le quatuor féminin formé de Dominique, Diane, Louise et Danielle. Leurs vis-à-vis masculins Rémy, Pierre, Alain et Claude sont pour leur part, malgré leur confort matériel, tout autant en quête obsessive d’un bonheur individuel. Cette quête d’ailleurs sert de thèse au film dont Arcand annonce son intention dès l’ouverture par la scène mémorable dans laquelle Dominique, la lucide messagère, fait référence aux anciennes civilisations.

Mais au-delà du regard satirique porté sur le désabusement de cette élite universitaire, reflet d’une société déçue de son présent et en mal de projets collectifs, il y a beaucoup plus. La caméra nous révèle la beauté du lac Memphrémagog, nous fait ressentir la quiétude du soir et nous invite à savourer du regard le festin préparé avec amour. Et au cœur de ce film, il y a finalement ce qui traverse les courants et les modes : l’amitié qui unit les personnages comme une famille choisie et qui reste lorsque les certitudes se désagrègent. Quant à savoir si le propos annonciateur du déclin tel qu’anticipé dans le film est toujours pertinent, la situation actuelle économique, politique et sociale que nous vivons nous en donne certainement la réponse.

Bien que Le Déclin de l'empire américain ait subi le passage du temps particulièrement au niveau technique et de l’écriture des dialogues, il reste que ce film a indéniablement tracé la voie à une cinématographie québécoise forte, fière et originale.

 
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