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Association québécoise des critiques de cinéma

Hommage à Luc Perreault : "1984" dix ans avant - THE CONVERSATION de Francis Ford Coppola

"1984" dix ans avant
THE CONVERSATION de Francis Ford Coppola

par LUC PERREAULT


Parmi les différentes catégories du film politique, l’allégorie figure certainement en bonne place, quantitativement et qualitativement parlant, lorsqu’un cinéaste  désire attirer l’attention sur un événement brûlant, rien de plus efficace que de le replacer, dans un contexte différent, de le reconstruire complètement au besoin et, le talent aidant, de proposer au spectateur une réflexion plus stimulante encore peut-être que ne pourrait le faire un film plus explicitement politique.

Avec The  Conversation, on se retrouve devant ce paradoxe: voilà un film qui, sans faire allusion à l’affaire des plombiers du Watergate (le scénario fut écrit bien avant cet événement, soit en 1968), fournit au spectateur tous les éléments nécessaires à  une prise de conscience des dangers qu’exerce l’utilisation de l’écoute électronique sur la vie privée des gens.

La démarche de Coppola rappelle quelque peu celle d’Antonioni dans Blow-Up. Un spécialiste en écoute électronique (Gene Hackman) se voit confier la tâche d’enregistrer la conversation d’un jeune couple à une heure donnée dans un parc situé en plein cœur de San Francisco. À l’aide de deux micros-canons manœuvrés du haut des édifices avoisinants et de micros-cravates portés par notre spécialiste et un de ses adjoints, il parvient à obtenir une reproduction intégrale de la conversation en apparence anodine du jeune couple quitte, plus tard, à retravailler certains passages obscurs en éliminant à l’aide de tous les gadgets possibles et imaginables les bruits parasites (ça va jusqu’à un concert pop). En écoutant et en réécoutant l’enregistrement, notre spécialiste finira par découvrir que la conversation clandestine dissimule un complot d’assassinat. L’expert professionnel qui d’habitude se contente d’exécuter les contrats qu’on lui confie devient petit a petit engagé dans une enquête d’allure policière qui rappelle celle du photographe de Blow-Up.

Plombier paranoïaque

En voyant ce film, ce n’est pas tant par cette intrigue somme toute conventionnelle qu’on est attiré que par la façon subtile et intelligente dont Coppola s’y prend pour faire la critique d’une société soumise de plus en plus à l’envahissement d’une forme nouvelle de contrôle. Son personnage central qui a toutes les apparences d’un héros de western par ses côtés « outsider » paraît d’autant plus vraisemblable quand on le voit pénétrer dans son appartement après avoir déverrouillé les trois serrures de sa porte, comme si ceux qui font office de « plombiers » dans une société si peu protégée contre ceux de son espèce n’étaient pas eux non plus mieux à l’abri des menaces dirigées contre leur vie privée que la moyenne des gens.

La construction de The Conversation représente un excellent exercice de style. Par exemple, pour faire progresser son enquête, l’expert fait passer et repasser dans le magnétophone des bouts de la conversation. È chaque fois, les scènes du début reparaissent et leur compréhension s’en trouve approfondie.

À cette reprise de ce qu’on pourrait appeler le thème musical du film, Coppola greffe quelques scènes très efficaces. Ainsi la visite du héros à une exposition des dernières innovations dans le domaine de l’électronique lui fournit l’occasion d’introduire un personnage important dans le cours du récit, la femme mystérieuse qu’il connaît déjà et qui lui volera le document compromettant. Mais cette exposition a un coté hallucinant en même temps. Toute la technologie américaine semble, à travers cette scène éloquente, totalement axée sur le développement de nouveaux moyens de contrôler la vie des gens, un peu comme si, en plus de se préparer à une guerre atomique, les États-Unis étaient en train de préparer une autre sorte de guerre, celle-là dirigée contre sa propre population civile.

Quand, à la fin. on voit Gene Hackman regagner son appartement et donner libre cours à sa paranoïa en démolissant les murs et le plancher, on n’est pas sans penser aux récits terrifiants de la science-fiction. The Conversation, c’est 1984 dix ans plus tôt que prévu.

 

La Presse, samedi 25 mai 1974, p. E13
© La Presse, 1974

 

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