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Association québécoise des critiques de cinéma

Hommage à Luc Perreault : Témoignage d’Odile Tremblay

L’AMI LUC
par Odile Tremblay

 


Photo : La Presse

L’autre jour, je suis allée avec Louise Blanchard, mon ancienne collègue du Journal de Montréal, au Cimetière Mont-Royal saluer Luc pour le dixième anniversaire de sa mort. La pierre tombale était difficile à retrouver sur un petit talus ombragé aussi discret que son locataire.

Faut dire que Luc Perreault avait exercé l’essentiel de son métier avant notre époque d’ego en majesté. Je n’aurai jamais vu ce grand modeste se mettre en avant.

Depuis ses débuts à La Presse en 1966, formé à l’âge d’or de la critique après des études de philosophie, il se voyait comme un éclaireur de cinéma, québécois avant tout, appelé à s’effacer devant une œuvre et son auteur. Il avait assisté au tournage entier du Gina de Denys Arcand. Qui pourrait s’en permettre autant dans nos quotidiens partis au galop?

Nous étions amis et sa passion pour la culture illuminait sa vie. Pas juste le cinéma— il se faisait un point d’honneur de voir chaque film, mineur ou pas, atterri en ville, même si on devait courir au Cinéma Dollar pour le rattraper— mais la littérature, la musique, la peinture, tous les arts l’allumaient. Sa vidéothèque, sa dvdthèque étaient aussi fournies que sa bibliothèque.

Je le revois écouter les variations Goldberg par Glenn Gould, émerger de l’œuvre entière de Flaubert. Même en fin de vie, il se commandait des dvd à Paris, en espérant avoir le temps de les visionner. Avec lui, j’aurai exploré Monument Valley, le château du modèle de Dracula en Transylvanie, couru les grands écrans à Paris autant qu’à Montréal. Ses dernières années de travail lui avaient été pénibles, faute de correspondre à l’air du temps. « Y’a pas de place nulle part pour les Ovide Plouffe du monde entier, » disait le héros du roman de Roger Lemelin et du film de Gilles Carle. Ça valait en fin de parcours pour ce pionnier de la critique.

Pensant à Luc, les mots simplicité, rigueur, curiosité et passion intellectuelle, loyauté et courage se bousculent dans mon esprit. Certains les jugent désuets, ces mots-là; à moi, ils sont aussi précieux que son souvenir.

Odile Tremblay
28 juillet 2017

 

 

Odile Tremblay
critique de cinéma, journaliste et chroniqueuse culturelle, Le Devoir

Après des études en ethnologie à l’université Laval, Odile Tremblay a dirigé un centre de documentation autochtone pour le Conseil Attikamek-Montagnais, avant de devenir journaliste pigiste. Reporter culturelle et critique de cinéma au journal Le Devoir depuis 1990, directrice littéraire en 1992 et 1993, elle a coordonné la section cinéma et couvre de nombreux festivals, dont celui de Cannes. Depuis 1999, elle y rédige une chronique culturelle hebdomadaire, devenue bi-hebdomadaire en 2015. Elle a remporté le prix Jules-Fournier en 1994 pour la qualité de la langue écrite et le Prix Judith-Jasmin dans la catégorie Opinion en 2005, pour une chronique penchée sur l’héritage religieux du Québec à travers sa représentation cinématographique. Odile Tremblay a participé à divers ouvrages collectifs et émissions culturelles.

 

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