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Association québécoise des critiques de cinéma

Hommage à Luc Perreault : WAG THE DOG - L’alibi albanais

WAG THE DOG
L’alibi albanais

par Luc PERREAULT

 

S'il est un peuple au monde obsédé par ses institutions, c'est bien les Américains. Fidèle gardien des traditions, Hollywood se charge régulièrement de raviver le feu sacré. On ne compte plus les films traitant de liberté, du premier ou du second amendement à la Constitution, ou de l’american way of life.

Mais, de tous les symboles véhiculés par ces films, le président des États-Unis a pris ces derniers temps une importance qui frise l'indécence. Du polar au film historique, on le sert à toutes les sauces. Avec Wag the Dog, tiré d'un scénario dû en partie au dramaturge David Mamet, le réalisateur Barry Levinson a créé un suspense qui joint le cynisme au patriotisme en vue de sauver un président menacé.

À la veille des élections, le président sortant souffre d'un retard considérable dans les sondages. Branle-bas de combat dans son entourage. On fait appel à un mystérieux expert (Robert De Niro). Celui-ci va concocter une recette de son cru. Pour sauver le président, il va imaginer rien de moins qu'une bonne petite guerre fictive avec l'Albanie. Pour pousser le cynisme à l'extrême, cet expert, déjà de mèche avec une attachée du président (Anne Heche), va faire appel à un producteur bien en vue d'Hollywood (Dustin Hoffman).

Pendant une heure, cette machination va fonctionner (et fictionner) à plein. Le rythme est vif, les dialogues, percutants. La CIA et jusqu'au Pentagone sont mis à contribution. Cette partie de bluff retrouve un peu du brio qui caractérisait Dr. Strangelove de Kubrick. Bien entendu, la fiction dépasse à peine la réalité.

On pense à la guerre du Golfe, cette croisade organisée par George Bush et qui lui valut, temporairement, une spectaculaire remontée dans les sondages. Malheureusement, Levinson n'a pas réussi à soutenir jusqu'à la fin le rythme du début. Ni tirer toutes les conclusions de sa démonstration. Il se contente dans la finale de dégonfler l'ego-trip du producteur.

Le film donne cependant à réfléchir sur la direction dans laquelle évolue la politique américaine. Devenue un spectacle parmi d'autres, il ne s'agit plus que de la mettre en scène selon les règles de l'art.

Elle s'inscrit alors dans la ligne d'un produit qu'il faut vendre et d'un marché à exploiter. Pour ce faire, il suffit d'un savant dosage de glamour, de désinformation, de rumeurs et, au besoin, de mensonges. La politique au service des politiciens, plutôt que l'inverse.

Wag the Dog, en somme, c'est le mariage de Madison Avenue et d'Hollywood pour les fins les moins avouables de Washington. Pas très rassurant pour l'Albanie, tout ça.

 

WAG THE DOG, réalisé par Barry Levinson. Scénario: Hilary Henkin et David Mamet. Image: Robert Richardson. Montage: Stu Linder. Musique: Mark Knopfler. Avec Dustin Hoffman, Robert De Niro, Anne Heche, Denis Leary

 

La Presse, samedi 10 janvier 1998, p. C2
© La Presse, 1998

 

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